Relations à l’infime : imaginaires, pratiques et fabriques

Séminaire thématique,
Doctorat en études et pratiques des arts

Professeures
Catherine Cyr

Sigle
EPA903M-10

Session
Automne 2026

Description du séminaire

Conçu comme un espace de réflexion et d’action autour de pratiques artistiques qui s’inscrivent en marge des formes de représentation dominantes, ce séminaire théorico-pratique investit des démarches artistiques qui s’intéressent à la « nature ordinaire » (Godet, 2010), à l’imperceptible et au microscopique. En nous penchant sur l’infime, il s’agira ici d’opérer un « déplacement des seuils » (Morizot, 2020: 26) qui conditionnent nos regards. Ce geste de délocalisation participera également d’une reconnaissance, éthique, de la répartition inégale de la considération et du soin (Cunsolo, 2025), notamment à l’égard des êtres, humains et autres qu’humains, ordinairement peu pris en compte (existences minorées, espèces envahissantes, « mauvaises herbes ») comme à l’égard des environnements déconsidérés, abandonnés ou transitoires (friches, tiers-paysages). Pour penser et mettre en actes, sous ses diverses formes possibles, la relation à l’infime, et pour observer comment celle-ci peut « constituer une forme d’attention, un soin de soi et du monde, une possibilité d’extension et de reliaison » (Macé, 2022: 236), nous privilégierons des pratiques elles-mêmes modestes. En écho aux pratiques du care (Tronto, 2019), qui, traditionnellement endossées par les femmes, regroupent des actions souvent invisibles, œuvrées dans l’ombre, mais essentielles pour faire « tenir » ce qui compose nos mondes partagés (Macé, 2025), nous chercherons ainsi à repenser notre relation au « petit » à travers différentes postures et modalités : mouvements de décentrement de l’humain ( Kimmerer, 2013 ; Puig de la Bellacasa, 2017), égards accrus aux corps micropolitiques (Garcin-Marrou, 2018 ; Biggé, 2023) et aux gestes mineurs (Manning, 2019), notamment.

Ce séminaire s’ancre dans un champ théorique pluriel, au confluent de la philosophie environnementale, de l’écopoétique décoloniale et des approches écoféministes et écosomatiques. Au fil de lectures théoriques croisées, de parcours d’œuvres et d’explorations pratiques, seront proposées deux sphères de réflexion :

1) Micropolitiques

La sphère « micropolitique » invitera à explorer un art fait de « petites aventures du quotidien » (Guattari et Rolnik, 2004) qui s’expérimente dans la relation, à l’antipode des rapports de domination valorisant l’extraordinaire et le spectaculaire. Renvoyant au minoré ou à l’infra-ordinaire (Pérec, 1989), les corps micropolitiques permettent à ce titre d’appréhender « le monde différemment, hors des schémas dominants » (Garcin-Marrou, 2018 : 115 ; Casselot et Lefebvre-Faucher, 2017).

2) Du commun à l’en-commun

Cette sphère s’attachera à l’exploration de l’articulation de deux acceptions du commun : l’habituel, l’ordinaire, et ce qui relève du partage et de la collaboration, notamment à travers l’hétérarchie des relations et l’imagination de nouvelles forces d’action collective (Le Guin, 2007 ; Vercauteren, 2018). Nous nous intéresserons aussi aux fabriques de « l’en-commun », au sens d’une mise en commun d’appartenances à des singularités multiples (Mbembé, 2023 ; hooks, 2024). Il s’agira alors, pour penser et mettre en actes la relation à l’infime, de tisser des ensembles (interartistiques, interspécifiques) à partir de la différence même (Ingold, 2021).

Infime, invisible, microscopique

Bouvet, R. (2025). « Plantes des bords de route. Envahissantes ou invisibles ? », Sens public, http://sens-public.org/article/1619
Boudreau, G. (2024). Une abeille suffit. Carnet d’observation d’un jardin urbain, Montréal, Éditions du Noroît.
Broqua, V. (2013), À partir de rien : esthétique, politique de l’infime, Paris : Michel Houdiart.
Clément, G. (2002). Éloge des vagabondes. Herbes, arbres et fleurs à la conquête du monde, Paris, NIL.
Giroux, D. (2023). « Requiem pour un terrain vague », dans Une civilisation de feu, Montréal, Mémoire d’encrier, p. 139-159.
Lykke, N. (2021). Vibrant Death: A Posthuman Phenomenology of Mourning, Londres, Bloomsbury Publishing.
Macé, M. (2022). Une pluie d’oiseaux, Paris, Corti.
Puig de la Bellacasa, M. (2017). Matters of care: speculative ethics in more than human worlds, Minneapolis, University of Minnesota Press.
Sandilands, C. (2021). « Plant/s Matter », Women’s Studies, v. 50, no. 8, « What Matters Most », p. 776-783.
Starhawk (2015). Rêver l’obscur : femmes, magie et politique, trad. Morbic, Paris, Éditions Cambourakis, coll. « Sorcières ».
Tronto, J. (2009). Un Monde vulnérable. Pour une politique du care, trad. par H. Maury, Paris, Editions La Découverte.
Zwer, N. (2024). Pour un spatio-féminisme : de l’espace à la carte, Paris, La Découverte, coll. « Hors collection Essais & Documents ».

Corps micropolitiques

Barbéris, I. (2016). « Ratage », dans A. Desprès (dir.), Gestes en éclats : art, danse et performance, Dijon, Les presses du réel, p. 359-366.
Bigé, E. (2023). Mouvementements. Écopolitiques de la danse, Lisieux, La Découverte, coll. « Terrains philosophiques ».
Fanon, F. (1952). Peaux noires, masques blancs, Paris, Les Éditions du Seuil.
Garçin-Marrou, F. (2018). « Que peut un corps micropolitique ? », dans N. Vadori-Gauthier, Danser
Résister : une minute de danse par jour, Paris, textuel, p. 115-119.
Giroux, D. (2020), L’œil du maître, Montréal, Mémoire d’encrier.
Guattari, F. ; Rolnik, S. (2007), Micropolitiques, Les Empêcheurs de penser en rond, Paris.
Lefebvre-Faucher, V. ; Casselot, M.-A. (dir.) (2017). Faire partie du monde : réflexions écoféministes, Gatineau, Remue-ménage.
Manning, E. (2019). Le Geste Mineur, trad. par A. Wiame, Dijon, Les presses du réel.
Pérec, G. (1989). L’infra-ordinaire, Paris, Le Seuil.
Pickels, A. (2016). « Fragilité », dans A. Desprès (dir.), Gestes en éclats : art, danse et performance, Dijon, Les presses du réel, p. 171-184.

Du commun à l’en-commun

Abraham, Y.-M, Dufour, M. (2021). « Investir les brèches », Nouveau Projet, 19.
Chauchat, A. ; Evans, M. (2018). « Utopian contract. Partage horizontal », Watt, #2.
Cunsolo, A. (2025). “Le changement climatique comme travail de deuil”. Frontières, no 36(1).
Escobar, A., Osterweil, M. et K. Sharma (2025). Éloge de la relationnalité: se relier au vivant au-delà de l’humain, Arles, Actes-Sud, coll. “Voix de la terre”.
Glissant, É. (1990). Poétique de la relation, Paris, Gallimard.
Godet, L. (2010). “La nature ordinaire dans le monde occidental”, L’Espace géographique, vol. 4, t. 39, p. 295-308.
hooks, b. (2024). Sororité, trad. P. Tardieu-Collinet, L. Cabannes et L. Talaga, Condé-en-Normandie, Éditions Payot & Rivages.
Ingold, T. (2021). The Perception of the Environment. Essays on Livelihood, Dwelling and Skill, London, Routledge.
Le Guin, U. (2007). Les Dépossédés, Paris, Livre de poche.
Mbembé, A. (2023). La communauté terrestre, Paris, La Découverte.
Morizot, B. (2020). Manières d’être vivant. Enquête sur la vie à travers nous, Arles, Actes Sud-Papiers, coll. « Mondes sauvages ».
Quéinnec, J.-P. et Giguère, A.-A. (2025). “Avec des fleuves pour la scène: expériences de la fluidité en co-paysage”, Percées, no. 13, https://percees.uqam.ca/avec-des-fleuves-pour-la-scene-experiences-de-la-fluidite-en-co-paysage/

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Doctorat en études pratiques des arts

Interdisciplinaire et mettant en valeur la création, le doctorat en Études et pratiques des arts [DEPA] vise à susciter une interaction entre les pratiques et les théories artistiques actuelles. Seul programme offert en langue française en Amérique pour les arts visuels, le design et la danse, il fait place à la recherche, à la recherche-création ainsi qu'à la recherche-intervention. Ouvert à toute forme d’art, il accueille tout autant des projets en architecture, arts médiatiques, cinéma, histoire de l’art, littérature, musique ou théâtre.

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